Les Roms ont eu peur. Le peuple, pas les CD. Enfin, pas tout le
peuple, ou du moins, pas autant que les Roms d'Italie aujourd'hui...
Pourquoi, me direz-vous ?
A
cause de la politique d'immigration de Silvio Berlusconi et son cousin
tordu de la Ligue du Nord ?
Oui, mais pas seulement. Aujourd'hui, ils ont eu peur parce qu'il y a
la Coupe d'Europe de Foot et ce soir, la Roumanie rencontrait l'Italie.
Pour celles et ceux qui ont transformé leur boîte crânienne en élevage
d'éponge, les Roms viennent de Roumanie...
Alors ils ont eu peur de perdre ? Oui, un peu, car demain, ils seraient
la risée des tifosi qui n'ont déjà pas besoin de tant pour ricaner à
leurs dépens...
En fait, ils ont surtout eu peur de gagner... La haine qui se développe
à leur égard, notamment en Italie du Nord, les rend très sensibles à
ces manifestations sportives bon enfant où le geste sportif se joint à
la parole pour diffuser un message d'amour. Que la Roumanie gagne et la
colère des Italiens
après le match aurait risqué de plomber l'ambiance. Au sens propre.
Enfin, si on peut dire... Bien sûr, ce n'est pas toute l'Italie qui
doit être incriminée ici, juste une poignée de furieux, nostalgiques de
temps plus expéditifs en matière d'immigration où les hommes étaient
des hommes, nom de Dieu, vêtus de chemises à la coupe et à la couleur
indémodables. La preuve, ça revient !
Fort
heureusement, s'il y a un Dieu pour les poivrots, il doit y en avoir un
pour les Roms. Encore qu'à bien y regarder, celui des poivrots est plus
actif, côté chance... M'enfin bon, il ne faut pas jouer les difficiles
dans des situations comme celle-ci ! Le Dieu qui est intervenu a
permis, dans son Immense Mansuétude, que le score au coup de sifflet
final soit nul. 1-1 ! Même pas un festival, juste un score pour dire
que le match a bien eu lieu. Pour les Roms d'Italie, c'est un soulagement !
Demain, ils ne se feront pas plus casser la gueule que d'habitude...
Je me demande si, à force de marcher sur la tête, le monde ne va pas
avoir mal au crâne...