La Bio ne fait pas le man

Tout a commencé en 29997 avant J-C (Jean-Christophe).
Monsieur L. regardait sa massue depuis quelques instants, deux ou trois heures peut-être mais le temps ne fait rien à l'affaire, quand l'idée lui vint de frapper sur ses colocataires de caverne.
L'idée, apparemment saugrenue, lui plût immédiatement. A force d'essais, il s'aperçut que la taille et le volume de la boîte crânienne des récipendaires à la fonction de timbales influaient considérablement sur la hauteur des sons qui en sortaient. Et que, corrolairement, le cri émis par chaque colocataire n'avait aucun rapport avec sa taille ou son volume, les petits gros n'ayant pas forcément l'insulte grave mais souvent prononcée...
A trop taper sur les nerfs de ses colocs de caverne, ceux-ci devinrent tendus. Les nerfs comme les colocs...
Loin de démonter Monsieur L., celui-ci invente immédiatement un instrument qui  marquera des générations de chevelus, barbus et autres crassous dégénérés issus de la Préhistoire en dépecant les deuxièmes  pour tendre les premiers sur des crânes d'ours dans le but de les détendre, les deuxièmes.

J'en vois, dans le fond de la classe, qui ont du mal à suivre ! Je fais plus simple :

Monsieur L., pour détendre ses colocs de cav', leur prend les nerfs pour les tendre sur un crâne d'ours (les nerfs, pas les colocs)... Tendre pour détendre, en quelque sorte.
Mais l'idée est trop avant-gardiste et Monsieur L. devra  remballer sa Ghi Tââr dans la peau de l'ours ayant donné précédemment son crâne et l'enterrer. La peau, pas l'ours. L'ours, Monsieur L. le mange en banquet avec ses cols de cav', pour apaiser un peu l'ambiance... L'invention va être oubliée pendant quelques dizaines d'années...
Très précisément, jusqu'en 52 avant Jean-Christophe.
Les idées de Monsieur L. ont fait leur chemin au sein d'une petite tribu gauloise qui, on en parlera assez plus tard, a adopté sans modération ce rite des banquets.
Monsieur L., dans l'euphorie de l'un de ceux-ci, accepte sans plus réfléchir le poste de barde alors vaquant.
Et croit le moment venu de déterrer la bâche de terre...
Si l'art de reçevoir est une vertu cardinale des gaulois, c'est loin d'être le cas pour la patience et la tolérance.
A peine a-t-il pincé les khord (on n'est pas très sûr de l'orthographe du mot khord, principalement en raison de la culture orale des celtes) de la Ghi Tââr que le voici ligoté à la branche d'un chêne, un bandeau sur la bouche. C'est encore raté pour cette fois...
Nous sommes maintenant en 486.
Alors qu'il est chargé par Clovis de distraire les troupes après la bataille de Soissons, celui qui s'appelle désormais "L. Vix", pressé, voulant éviter de bousculer le vicaire Guy Tard, heurte malencontreusement un vase asez moche, il faut le reconnaître, mais que Clovis voulait offrir à sa femme, la pas encore reine Clotilde...
Le vase fût, on le sait, brisé net. Clovis, rancunier, dira à L. Vix : "Dis donc, crétin, tu pourrais faire un peu gaffe ! Tout ça pour ne pas toucher ce foutu manche de Guy Tard ! T'as un sacré sens des valeurs, je m'en souviendrai !".
Phrase que Grégoire de Tours modifiera pour les besoins de la cause  dans son Histoire Ecclésiastique des Francs et cette  modification va engendrer un nombre considérable de guerres, de complots et autres querelles qui permettent d'affirmer finalement que si Grégoire était sérement fortiche comme évêque, il était aussi un sacré fouteur de merde !
Franchissons allègrement quelques décennies pour nous retrouver au 15e siècle, en 1431 plus exactement et très précisément le 24e jour de mai, à Rouen.
Alors qu'un obscur procès en hérésie est mené par un certain évêque Cauchon (l'orthographe du patronyme est incertaine) à l'encontre d'une illuminée gardienne de moutons dont l'Histoire ne devait  retenir le nom que grâce à ses soeurs Christelle et Mireille, Monsieur L. remplit le Palais Dessepaurres pour une semaine de concerts dont le côté pyrotechnique et l'aspect bûché atteindront leur apogée le 31 mai. C'est d'ailleurs de cette époque que date l'expression "brûler les planches" et c'est aussi la première fois en France, et sans doute dans le Monde, que des jeunes filles se consumeront littérallement en place publique en aperçevant une $tar..
1789.
Louis XVI s'impatiente, lui qui est plutôt connu pour son calme et ses décisions à tête reposée...
Mettons nous un instant à sa place, juste un instant d'accord : il a cédé l'année précédente à l'idée ridicule de Charles de Loménie de Brienne de convoquer les Etats Généraux. Certes, le trésor est à sec ("Que voulez-vous que je fasse ? Vider des caisses déjà vides ?" dira le Roi), la météo catastrophique depuis deux ans provoque famines et maladies, Versailles coûte les yeux de la tête à chauffer et à entretenir, sa femme lui fait la gueule au point d'avoir pris un petit pied à terre au fond du parc pour soi-disant élever des moutons et enrubanner des cochons (comme s'il n'y en avait pas assez autour de lui), Necker n'est décidément qu'un con qui a fait perdre un pognon fou dans la guerre d'Amérique mais qui est si populaire qu'il est plus prudent de le rappeler aux Finances, Mirabeau n'arrête pas de se ficher de lui, non, décidément, rien ne va ! D'ici que les pauvres à Paris se mettent à manifester entre Bastille et la Porte du Temple (l'actuelle place de la République), il n'y a qu'un pas !
Est-ce celà qui préoccupe Sa Majesté et l'impatiente ? Que nenni. Ce soir, 13 juillet, Monsieur L. se produit sur la plaine de Grenelle (aujourd'hui Esplanade du Champ de Mars) et le Roi a reçu une invitation de l'artiste lui-même... Alors ce n'est pas le moment de le gonfler avec des histoires d'intendance qui lui coupent les cheveux en quatre. Ça attendra demain !

Disons le tout net, en ce 2 décembre 1805 au matin, Napoléon est sûr de sa victoire. Le Tsar et l'Empereur d'Autriche sont des idiots qui vont se précipiter dans le piège qu'il leur tend. La nuit précédente, au retour d'une reconnaissance avec quelques officiers non loin des lignes ennemies, malgré ses consignes de ne pas faire de grands feux, les soldats ont tenu à fêter l'anniversaire du Sacre. Un poil en avance, certes, mais demain, tout le monde sera bien occupé, allez ! Alors les torches se sont allumées, une à une au début puis par dizaines, par centaines, les cris se sont élevés, mêlés de "Vive l'Empereur !" et de... Comment ? De qui se moque-t-on ? Oui, Napoléon l'aime beaucoup mais enfin, soyons sérieux quelques instants, voulez-vous ? J'ai une bataille sur le coin du feu, mon brave, alors acclamer ce Monsieur L. comme s'il allait chanter sur le champ... Comment ? Sur le champ de bataille ? Z'êtes toujours aussi con, Ney ! Si, il va chanter ? Maintenant ? Pour ma Gloire ? Ce serait pas plutôt une idée de Talleyrand ou de Fouché pour casser le moral des Austro-Russes ? Allons l'applaudir, la chose m'est plaisante !
À suivre...
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