A l'Amour, à la Haine

bordure plume écrivain

Je bois
Vautré comme un paien, avachi sur le lit
Je bois à ta froideur, je bois à la folie
Je bois à ta santé la coupe jusqu'à la lie
La marguerite effeuillée est devenue pissenlit
Je bois
Aux journées mornes et vides aux heures interminables
A ces miroirs croisés où me nargue un minable
Jamais tout à fait saoul mais toujours titubant
Comme un vaisseau fantôme échoué sur un banc
Je bois
A ce chien enragé qui me ronge le ventre
A l'animal blotti tout au fond de son antre
A cette peur de me coucher de peur qu'à mon lever
Mes yeux pisseux de larmes voient que tu n'es pas rentrée
Je bois à cet hiver en plein coeur de l'été
A nos coeurs en partance vers leur mortalité
Aux lendemains qui déchantent, aux petits matins blêmes
A nos corps qui oublient qu'ils se sont dit "je t'aime"
Je bois...

Je bois
A ces couples imbéciles qui promènent leur gaieté
Se rêvant des horreurs jusqu'à perpétuité
Ces amours impudiques qui se croient éternelles
Qui confondent le futur et le conditionnel
Je bois
A mes chers beaux-parents et à ta mère surtout
A tes frères, à tes soeurs et au Grand Manitou
Au Bon Dieu, à ses Saints, aux tiens qui me manqueront
Et à tous ces amis qui soudain m'oublieront
Je bois
A ton retour un soir où je ne t'attendrai plus
Où j'aurai dans mon lit une fille superflue
Je bois à tes reproches que j'imagine sans gêne
Je bois à mes excuses que j'imagine sans peine
Et je bois à l'avance à la prochaine défaite
Aux prochains déchirements, aux futurs maux de tête
Aux remords, aux regrets, aux délices incertaines
Et je bois au Phénix renaissant de la haine...
A toi !



à Carole