Yves

bordure plume écrivain

J'profite qu'on est pas trop vieux
Pour t'écrire une chanson
S'il n'est pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amitié con
Sur le seuil d'un nouvel hiver
J'ai balayé toute ma pudeur
Pour grifonner ces quelques vers
Ecrits à l'ombre de mon coeur
Comm' je n'sais pas comment te dire
De vive voix ce que je pense
Permet moi de te l'écrire
Un peu comm' un souv'nir d'enfance

Avant qu'un jour il n'y ait la guerre
Ou bien la Mort entre nous deux
J'aimerais t'appeler "Mon Frère"
Même si tu n'crois pas en Dieu


Le crâne rasé, le regard terne
Putain de train, comm' des moutons
Nous repartions vers nos casernes
L'esprit vibrant de nos bourdons
Tu m'as parlé de ma guitare
Et je t'ai raconté mes rêves
Tu m'as chanté ton désespoir
Le blues est un combat sans trêves
Puis on a fait pousser du soleil
Au fond de nos jardins secrets
Aujourd'hui, assis sous la treille
Nous venons y fumer la paix

Avant qu'un jour il n'y ait la guerre
Ou bien la Mort entre nous deux
J'aimerais t'appeler "Mon Frère"
Même si je n'crois pas en Dieu


Sur l'océan des coups foireux
Nous avons pris toutes les galères
Sur les chemins de croix douteux
J'étais Jésus, tu étais Pierre
Au fond de tous les caboulots
Nous écoutions mousser nos bières
Qu'on dégueulait comm' des salauds
Au pied de tous les réverbères
Et on parlait de chaque fille
Comm' d'une rose à butiner
Nos gais pinsons lancaient leurs trilles
Nichés au fond de leur rosier...

Avant qu'un jour il n'y ait la guerre
Ou bien la Mort entre nous deux
Je t'aurai appelé "Mon Frère"
Et ca fait plaisir, nom de Dieu !


Et la morale de cette chanson
C'est qu'à r'garder les heures passer
Nous finirons comme des vieux cons
Clodos, ivrognes, dans un grenier
Mais nous s'rons des vieux cons heureux
Radoteurs et revanchards
Tu m'diras : "Souviens-toi, mon vieux
Nos chansonnettes aux airs ringards !

Alors, pendant une heure ou deux
Histoire de penser au bon temps
On massacrera un blues ou deux
Et on pourra crever contents !

Il se peut bien qu'il y ait la guerre
Ou bien la Mort entre nous deux
N'empêche qu'on aura été frères
Et qu'on emmerde le Bon Dieu !
Il se peut bien qu'il y ait la guerre
La Mort a toujours le bon jeu
N'empêche qu'on aura été frères
Et qu'on emmerde le Bon Dieu !



à Yves Jamait